Balade à Orange
Orange est une ville d'art et d'histoire de premier plan avec son théâtre romain et son arc de triomphe classés au patrimoine mondial de l'Unesco.
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Orange, Aurasio en latin, entre dans l’histoire romaine en 103 avant JC. Conquise par les Romains depuis un quart de siècle, elle doit résister aux envahisseurs germaniques, les Cimbres. C’est la première fois que le nom d’Aurasio est mentionné par les auteurs antiques et il faut attendre 36 ou 35 avant JC pour que ne soit attestée la création d’une ville romaine, jouxtant la colline de Saint-Eutrope. Aurasio est alors une colonie fondée par les vétérans de la IIème légion gallique de César, auxquels a été confiée la création de la cité.
Conformément aux principes de la fondation des villes romaines, la construction de la cité répond à un plan géométrique au tracé régulier et s’organise autour des monuments publics : les sanctuaires et le théâtre. Pour le pouvoir romain, le théâtre est un moyen de diffuser la culture latine dans les populations colonisées mais aussi de les éloigner de toute préoccupation politique et de prévenir d’éventuelles revendications nationalistes.
Le théâtre romain
Avec 200 000 visiteurs par an, ce monument exceptionnel est désormais l’un des plus visités de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Classé au Patrimoine Mondial de l’UNESCO en 1981, le Théâtre Antique d’Orange témoigne de la grandeur de l'Empire romain en Occident.
Le Théâtre d'Orange est le seul à avoir été conservé en Europe, et deux autres seulement subsistent dans le reste de l'Empire romain : l'un en Turquie, à Aspendos, l'autre à Bosra en Syrie. Le Théâtre Antique d’Orange constitue un témoignage historique unique.
Bien que les techniques permettant de bâtir un théâtre sur un terrain plat aient été maîtrisées au temps de la Rome Impériale, l’édifice a été adossé à la colline Saint-Eutrope, suivant une technique empruntée aux Grecs. En effet, les Romains avaient deux méthodes pour bâtir ce genre d'édifices : soit ils construisaient d'énormes murs pour soutenir les gradins, soit ils utilisaient la configuration naturelle du terrain. C'est le choix qui a été fait à Aurasio, puisque les gradins, qu'on appelle la cavea, sont directement appuyés sur la colline Saint-Eutrope, avec des infrastructures destinées à régulariser les inégalités du terrain.
Dès le matin, les jours de représentation, les habitants d’Aurasio accouraient vers le théâtre. Les spectacles les plus fréquemment donnés étaient sans doute des mimes, des pantomimes, des récitals de poésie ou des joutes oratoires, des comédies ou des attelanes, et d’autres divertissements comme les jongleurs, les prestidigitateurs ou les montreurs d’ours. Au fur et à mesure, les spectacles périclitèrent. Privés de dialogue et ils mirent en scène des actions violentes, immorales. Le public assistait à des meurtres ou à des viols de prisonniers, de condamnés à mort, … Le théâtre devenait un lieu de perdition, de cruauté, proche des jeux du Cirque romains.
En 391 av J.-C., le christianisme fut proclamer religion officielle de l’empire. L’Église s’organisa pour combattre le paganisme et la déviance : elle ordonna ainsi la fermeture du Théâtre.
En 412, le théâtre d'Orange subit l'assaut des Wisigoths, qui pillent
la ville. Ils jettent à terre la statue de l’empereur, brûle le toit qui couvrait la scène, détruisent les gradins pour en faire
des sarcophages et démantèlent les marbres et les mosaiques.
Au Moyen Âge, le théâtre sert un moment de poste de défense, et on bâtit une guérite sur son enceinte.
Mais au XIVe siècle, le lieu est partiellement rendu à sa destination : l'Église y fait jouer des mystères, et les princes d'Orange y organisent des cours d'amour. On sait aussi qu'en 1460 y est donné le Jeu de Monsieur Tristan et en 1514, la Farce de Colin Bernard, sans doute par une troupe de comédiens ambulants.
Cette éclaircie s'achève brutalement en 1562, au moment du sac de la ville : Orange, gouvernée par des princes protestants, se trouve au coeur des guerres de religion. Pour éviter les massacres, une partie de la population fuit la ville. Quelque temps plus tard, la paix revenue, les habitants se trouvent à l'étroit à l'intérieur des murailles de la cité. On
construit alors dans l'enceinte du théâtre, adossées au mur de scène et sur les gradins, de pauvres maisonnettes, qui se multiplieront et finiront par former un véritable quartier, traversé par une rue. Dans l'épaisseur des murs sont aménagées des prisons qui serviront jusqu'au XIXe siècle, en particulier pendant la Révolution, durant laquelle les détenus sont gardés dans des conditions infamantes.
Délaissé pendant des siècles, le Théâtre Antique d’Orange retrouve sa fonction d’origine depuis le XIXème. En 1825, Prosper Mérimée (1803-1870), alors directeur des Monuments historiques, lance un vaste programme de rénovation.
Partiellement restauré, le Théâtre Antique d’Orange accueille en 1869, les fêtes romaines, organisées par l'écrivain et compositeur de musique Antony Réal (1821-1896). On y chante une cantate à la gloire des Romains, Les Triomphateurs, ainsi qu’un opéra d'Étienne Méhul (1763-1817), Joseph. Le succès est immédiat : l’atmosphère
magique du théâtre et son acoustique étonnante ravissent les spectateurs.
En 1902, les manifestations, régulièrement organisées, prennent le nom de Chorégies. Elles deviennent annuelles. Les « célébrités » se succèdent sur les planches : en 1903, la grande Sarah Bernhardt (1844-1923) interprète l'un de ses plus beaux rôles dans Phèdre de Racine. Jusqu'en 1969, le théâtre parlé alterne avec les oeuvres musicales, opéras
ou pièces symphoniques. À partir de cette date, le théâtre parlé est attribué à Avignon et les spectacles lyriques à Orange.
Ainsi, 1971 marque la naissance des Nouvelles Chorégies. Les plus grands artistes lyriques viennent se produire devant le célèbre mur de scène : Barbara Hendrix, Placido Domingo, ou plus récemment Roberto Alagna et Angela Gheorghiu. Somptueusement mises en scène, les grandes oeuvres, telles La Tosca de Puccini, Aïda de Verdi ou encore Carmen de Bizet, enthousiasment chaque année les spectateurs venus du monde entier.
En 2002, la Commune d’Orange a décidé de faire appel à Culturespaces pour mettre en valeur et gérer le Théâtre
Antique.
L'Arc de Triomphe
Autre témoignage de la grandeur romaine à Orange, l’arc est également inscrit au Patrimoine Mondial de l’Unesco. Il s'agit en fait d'un arc urbain à caractère commémoratif, qui servait de porte à l'entrée de la ville, et non d'un arc de triomphe, puisque les triomphes étaient exclusivement célébrés à Rome.
Érigé sous Tibère en hommage aux vétérans de la IIe Légion gallique qui avaient fondé la ville, c'est un monument exceptionnel de l'art romain provençal. Constitué d’une porte monumentale à trois baies et d’un double attique, il est agrémenté d’un riche décor de panneaux d’armes : boucliers, casques, enseignes… Sur le premier attique, la présence exceptionnelle d'attributs maritimes est une allusion originale à la suprématie de Rome sur le monde des mers.
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